Rebondir, l’avis des experts

Retrouvez des conseils d’experts pour faire face à une situation difficile.

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COMMENT REBONDIR APRÈS UN ÉCHEC ?

L’entretien croisé De marie-josée bernard et philippe rambaud

 

bernard Marie-Josée Bernard est professeur de management, leadership,développement de l’excellence personnelle à l’EM Lyon Business School,expert en résilience. Elle accompagne également des dirigeants et des chefs d’entreprise. RAMBAUD_Studio_Julius_FF2A7212_ nb Philippe Rambaud (P.R) est le fondateur de l’association « 60 000 Rebonds », qui aide les entrepreneurs dont l’entreprise a été mise en liquidation judiciaire à rebondir dans un nouveau projet professionnel.

La résilience est-elle une qualité de l’entrepreneur ou un processus lié à la démarche entrepreneuriale ?

Philippe Rambaud – Plutôt que de parler de résilience, mieux vaut, je crois, se concentrer sur les processus qui peuvent préparer au mieux les entrepreneurs à un éventuel échec, ou les dirigeants d’entreprise qui viennent de connaître l’échec à rebondir plus fort et grandir par l’épreuve.

Marie-Josée Bernard – La résilience est à la fois une qualité universelle du vivant et un processus. Lorsqu’on fait face à un choc brutal, on trouve des réponses spécifiques pour s’en sortir intègre, voire grandi, comme le note Philippe Rambaud. Les entrepreneurs doivent développer ces talents de résilience pour affronter des événements critiques : assumer ses responsabilités dans le cadre d’une procédure, absorber le choc physiquement et moralement, sortir de la sidération et souvent du déni, accepter la situation sans se renier, prendre le recul suffisant sur l’événement, situer sa part de responsabilité, donner du sens à la situation, mettre les choses à plat et mettre en perspective un nouveau projet… La résilience, c’est mobiliser son énergie pour redonner du sens à son action, à son projet, à sa vie. La démarche entrepreneuriale constitue d’ailleurs assez souvent une étape possible de résilience. L’opportunité de faire émerger, de porter et de développer un projet qui a du sens est parfois à soi seul une renaissance.

On apprend à entreprendre. Peut-on apprendre à rebondir après un échec ?

P. R. – On apprend à entreprendre un peu comme le jeune enfant apprend à marcher : essentiellement en entreprenant. L’apprentissage du rebond après un échec est probablement assez similaire. Tout échec est source d’apprentissage, au moins sur le plan factuel, en identifiant par exemple les raisons concrètes qui ont causé la faillite d’une entreprise. En général, la sanction a été tellement lourde qu’on n’oublie pas ces leçons.

M.-J. B. – Un échec est en effet toujours une épreuve et une confrontation à soi-même. La seule façon de ne pas rester paralysé et de ne pas sombrer est de donner du sens à l’expérience et d’apprendre des différents aspects de cette situation particulière, de soi et sur soi.

Peut-on rebondir seul ?

M.-J. B. – Quand on veut se relever, on a besoin de l’autre pour partager, échanger, exprimer ses émotions et retrouver l’envie et l’énergie de reconstruire un projet. La parole est ici essentielle : dire permet de sortir de l’isolement, de la honte parfois ressentie, de la culpabilité, pour se libérer, retrouver la confiance, recréer du sens. C’est toute la valeur des associations comme 60 000 Rebonds.

P. R. – Nous aidons en effet les dirigeants d’entreprise qui ont connu un échec traumatisant, comme la liquidation, à se relever. Tirer profit de cet échec pour grandir, progresser, est un processus complexe qui suppose d’être « challengé » avec bienveillance et exigence par des professionnels de l’accompagnement. Ils vous aident à faire le « deuil », à approfondir les causes « personnelles » de cet échec et à mieux comprendre à la fois ses talents et ses vulnérabilités. Pour éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Comment anticiper ses erreurs ?

P. R. – Entreprendre et diriger une entreprise, c’est décider en permanence et donc prendre des risques. On se trompe six fois sur dix. Anticiper ses erreurs est donc un doux rêve. En revanche, plus le risque est élevé, plus les dispositifs de sécurité doivent être adaptés pour « amortir » les conséquences de celles-ci. Sans oublier l’utilité d’un dialogue fructueux avec des tiers compétents et bienveillants, sollicités à bon escient.

M.-J. B. – Il est important, à cet égard, que les entrepreneurs soient à l’écoute de leur environnement et des relations qui se créent dans leur écosystème entrepreneurial. Il faut une intelligence situationnelle des processus sousjacents et complexes qui sont à l’oeuvre. Dans les situations d’échec, on retrouve souvent comme origine des désaccords entre associés, de mauvais choix de partenaires, une mauvaise appréciation d’un marché. Les entrepreneurs ont parfois tendance à ne faire confiance qu’à eux-mêmes et à fonctionner au coup de coeur sans investir dans une construction relationnelle durable.

Y a-t-il un modèle américain de l’acceptation de l’échec ? Ce rapport à l’échec entrepreneurial en France est-il en train d’évoluer ?

P. R. – L’entreprise que j’avais fondée réalisait 40 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis. Lors de ma tentative de levée de fonds en 2004, les différents investisseurs rencontrés considéraient très négativement mon absence de faillite entrepreneuriale préalable. Il leur semblait qu’il me manquait un facteur de succès essentiel, de « séniorité », pour qu’ils investissent. J’avoue que c’était bien la première fois de ma vie qu’on me reprochait une absence d’échec lourd. Mais force est de constater qu’ils avaient probablement raison. Aujourd’hui, l’image très attractive des « start-up » et du « serial entrepreneur » en France auprès des jeunes générations et des décideurs fait de la prise de risque une guideline partagée, y compris dans les secteurs traditionnels de l’économie.

M.-J. B. – Il y a en effet aux États-Unis une forme de valorisation de l’expérience de l’échec comme un gage de maturité qui peut rassurer certains investisseurs. On perçoit une plus grande distanciation entre l’échec d’une entreprise et la personne de son dirigeant. De plus, l’idée de la reconquête est profondément ancrée dans la culture américaine, ce qui a un impact sur la psychologie des individus dans leur façon de se relancer eux-mêmes. Cependant, il existe aussi de fortes différences à l’intérieur de ce grand pays.

 

 

QUEL rôle doivent jouer les banques ?

témoignage d’olivier petitfrère, chargé de mission banque populaire

Rebondir, c’est aussi être accompagné de sa banque. Olivier Petitfrère, chargé de mission au sein de la Direction du Réseau Entreprises de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne, insiste sur cette relation de proximité essentielle avec son client.

Olivier PETITFRERE Chargé de mission au sein de la Direction du Réseau Entreprises de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne, ancien Directeur du Centre d’affaires Entreprises de Metz en charge de la relation avec la société Gris Découpage

Pour prévenir les difficultés, le dirigeant d’entreprise doit parfaitement connaître et maîtriser son marché, et disposer d’une vision instantanée de la santé économique et financière de son entreprise. Il peut ainsi anticiper les aléas conjoncturels de son secteur d’activité ainsi que l’éventuel dérapage de l’activité et/ou de la rentabilité de son entreprise. Cette capacité à anticiper doit lui permettre de prendre rapidement et avec certitude les décisions stratégiques nécessaires afin d’adapter le modèle économique de son entreprise au marché.

Il faut être très proche du client pour être réactif

La banque doit établir une relation de proximité avec le dirigeant, basée sur la transparence et la communication. Cette proximité doit être intensifiée en période de crise économique pour permettre à la banque de disposer d’une information fiable et en temps réel de la situation de son client. Son conseiller pourra ainsi appréhender le cas échéant, sa capacité à rebondir ainsi que les mesures d’accompagnement appropriées à la situation. La success story du groupe Gris Découpage est un cas d’école en matière de stratégie de développement en temps de crise et de relation de proximité banque/client.

Découvrez le témoignage de Monsieur Gris, Fondateur de la société Gris Découpage.

 

TROIS MANIÈRES (TESTÉES ET APPROUVÉES) POUR REBONDIR

1-CRÉER UNE NOUVELLE ENTREPRISE

nouvelle_entreprise

« Pour un entrepreneur, le meilleur moyen de sortir  d’un échec est d’abord de l’accepter dès le départ comme un scénario possible. Il est donc essentiel de prévoir un “plan B” en cas de décrochage », témoigne Philippe Rambaud, fondateur de 60 000 Rebonds, sur le site internet Chef d’entreprise. L’entrepreneur Denys Chalumeau confirme qu’après le déclin de son site Promovacances.com suite au 11-Septembre, il s’est concentré sur le développement de SeLoger.com : « Ce qui nous a sauvés à l’époque, c’est que nous n’avions pas mis tous nos oeufs dans le même panier. Nous ne repartions pas de zéro. »

2-CHANGER DE BUSINESS MODEL OU DE MARCHÉ

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« On dit souvent qu’il faut être “agile” dans le jargon des entrepreneurs tech. Et ce, pour justement changer facilement et rapidement de modèle. Il existe de nombreuses méthodes pour éviter de faire des erreurs et passer ainsi à côté de l’échec ultime », explique Roxanne Varza, directrice de Station F, sur le site Chef d’entreprise. Les entrepreneurs n’ont pas à être seuls dans ce processus d’adaptation. L e tribunal de commerce d’Évry, par exemple, a créé une cellule pour repérer et accompagner les entreprises en difficulté vers le rebond.

3-Se faire accompagner

accompagnement

Pour bien rebondir, on ne peut pas être seul. Pour digérer l’échec, on peut se tourner vers des programmes de coaching et de mentorat comme ceux de 60 000 Rebonds. Ensuite, quand on se relance, il est crucial de bien choisir son équipe – après tout, 26 % des entrepreneurs interrogés par OpinionWay estiment qu’un mauvais choix d’associés est un facteur d’échec. Enfin, il faut parler, comme Mathilde le Rouzic (HelloCare), qui aborde le sujet « librement » : « J’ai eu un choc quand j’ai monté ma première société, je pensais réussir en six mois ! Donc je préfère prévenir : ça va être dur, mais c’est normal, il faut rebondir. »

 

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