Pourquoi l’internationalisation n’est plus une affaire d’opportunités ?

Interview de Pedro Novo, directeur exécutif en charge de l’export, BPI France.

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Quel est l’impact de la crise sur les exportateurs français ?

Ce n’est qu’à partir de maintenant que nous pourrons mesurer les conséquences de la crise et les effets du dispositif de soutien aux entreprises françaises. Pour rappel, l’Etat a mis en place en mars dernier plusieurs mesures de soutien : l’allègement des charges salariales grâce à l’ouverture du chômage partiel ; le différé des cotisations et des impôts ; le report du paiement des loyers, des factures d’eau, de gaz et d’électricité pour les plus petites entreprises en difficulté. Quant à BPI France, elle a été l’opérateur de l’Etat dans la mise en place de facilités sur ses dispositifs de financement et de garantie, notamment via le « Prêt Garanti par l’Etat » (PGE) qui a été très demandé par nos entrepreneurs sur le territoire. On dénombre 615 000 souscriptions pour un montant de 130 milliards d’euros soit deux fois plus qu’en Allemagne. Un écart qui se justifie pour des raisons structurelles puisque l’Allemagne, qui a continué sa production dans le domaine de la santé, a retrouvé sa situation d’avant crise bien avant la France. À noter également que, selon l’étude de BPI France sur le PGE, 60 % de nos clients souscripteurs l’ont fait par confort et l’ont utilisé pour financer des besoins autre que la trésorerie ou les salaires. 3 % seulement ne le rembourseront pas. En particulier ceux qui opèrent dans les secteurs sinistrés : le transport aérien, le tourisme, l’événementiel, les centres d’affaires. 

Avez-vous noté des défauts sensibles de leurs filiales à l’international ?

Tous nos clients ont réussi à tenir leurs positions, grâce au PGE pour certains d’entre eux. Certains secteurs ont d’ailleurs eu raison de la crise. Les sociétés de fusion & acquisition ont 3 à 5 fois plus de mandats qu’en 2019 par exemple, notamment en Italie, en Allemagne, en Espagne où le cash n’a jamais été aussi accessible, ce qui pousse les entreprises à s’endetter. Résultat : la crise a engendré un formidable effet d’accélérateur de la consolidation des positions de certaines entreprises à l’étranger. On remarque que ce mouvement s’opère par cercles concentriques. Cela commence en Europe, où nos chargés d’affaires croulent sous les demandes d’acquisition, et s’étendra aux autres régions du monde au moment où les échanges internationaux recommenceront. D’après Augustin de Romanet, l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle retrouvera son niveau de trafic d’avant la crise à partir de 2025.

Qu’est-ce que la crise a le plus modifié pour ces entreprises ?

Les entreprises ont surtout modifié leurs comportements. Elles ont appris à travailler à distance et ont développé leurs outils digitaux. Le confinement a également conforté le choix de l’implantation physique en privilégiant les partenariats avec des locaux. Cette crise confirme que l’internationalisation n’est plus une affaire d’opportunité. C’est un accélérateur de transformation de l’entreprise pour la faire croître. 
C’est une stratégie « transformante », à la portée de tous les entrepreneurs. Ainsi, le conseil en stratégie internationale et l’accompagnement n’ont jamais été aussi nécessaires pour aider le dirigeant à définir sa vision stratégique d’une internationalisation conçue comme une transformation.

Avez-vous constaté des stratégies de relocalisation ?

Nous avons perçu une dépendance à l’Asie très claire pendant la crise. D’autre part, les entreprises les plus affectées ont rapidement opéré des rapatriements stratégiques en essayant de relocaliser leurs usines à proximité de l’Europe, notamment au Maghreb ou en l’Afrique subsaharienne.

Retrouvez l’ensemble des interviews de l’édition de Pramex 2020 ici :

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