Les PME italiennes cherchent des partenaires pour repartir à la conquête de l’Europe

Entretien avec Nicolas Diers, conseiller français du commerce extérieur pour l’Italie, vice-président de la Chambre de commerce franco-italienne et fondateur de NDC Consulting.

Partager cet article sur:

Conseiller français du commerce extérieur pour l’Italie, vice-président de la Chambre de commerce franco-italienne, cet ancien banquier d’affaires (Natixis) réside à Milan, où il a fondé NDC Consulting.

5e destination mondiale, 4 ème européenne : en 2019, l’Italie a gagné deux places au palmarès des destinations favorites de nos entreprises. Comment interpréter ce retour en grâce ?

Il est logique. Jusqu’au coronavirus, l’Italie allait beaucoup mieux que ce que disaient les indicateurs macro-économiques. Quand le Sud continuait de se débattre dans ses difficultés structurelles, le Nord multipliait les performances. En Italie, la dépense publique est absorbée par le paiement des intérêts de la dette nationale colossale (136 % du PIB fin 2019). La croissance est donc tirée par les entreprises qui investissent et les ménages qui dépensent. C’est le cas au nord, où ces deux indicateurs ont recommencé à croître en 2015 et affichaient un niveau équivalent à ceux de l’Allemagne et de la France en début d’année. Milan et la région de Lombardie, Bologne et l’Emilie-Romagne, Padoue et la Vénétie constituent le triangle d’or de l’économie italienne. C’est là que se concentrent les entreprises industrielles ayant déployé leurs ramifications dans toute l’Europe, et par voie de conséquence, les ménages les plus aisés. 

Est-ce aussi le terrain de chasse privilégié de nos entreprises ?

Oui, mais nos PME et ETI y sont encore trop peu nombreuses en comparaison avec la place prise par les Italiens de l’autre côté des Alpes. Celles qui ont résisté au maelström sanitaire sont aujourd’hui bien positionnées pour bénéficier du redémarrage de l’activité. Après avoir enregistré un déficit de 11,8 % au deuxième trimestre – équivalent à celui de la France -, l’économie du Nord émet des signaux encourageants. Les ménages recommencent à consommer et les usines à produire. Cet été, les PME lombardes, plus flexibles que les grands groupes et moins impactées par les tensions sociales, ont très peu ou pas fermé leurs chaînes de production. L’ampleur et la durée de ce mouvement de reprise sont suspendues à la survenue ou non d’une seconde vague d’épidémie cet automne. À la fin de l’été, le pays semblait davantage préservé que l’Espagne, l’Italie ou la France.

À l’aune de ce redémarrage, quelle doit être aujourd’hui la stratégie des entreprises françaises en Italie ?

Ce marché a autant souffert que la France, mais il est inconcevable d’ignorer ses 60 millions de consommateurs à nos portes. Certes, la consommation est toujours en berne et certains secteurs durablement sinistrés, comme le tourisme et les transports. Mais on sait aussi que le pays devrait récupérer la plus grosse partie des fonds de relance européens. Cette manne irriguera en priorité les secteurs de la santé, de l’écologie et du développement durable, des infrastructures, des technologies et services numériques et connectés. C’est maintenant qu’il faut être présent pour saisir les opportunités qui vont se concrétiser en 2021.

Sous quelle forme ?

Les entreprises françaises doivent proposer des partenariats à leurs homologues italiennes. Très dynamiques sur le marché européen avant la crise, les PME et ETI industrielles du Nord sont en train de repartir à la conquête de cet espace, car la crise a conforté cette stratégie d’expansion géographique. Mais comme leur bilan est fragilisé, beaucoup sont prêtes à s’ouvrir à des partenariats, qui peuvent déboucher à moyen terme sur des rapprochements.

Retrouvez l’ensemble des interviews de l’édition de Pramex 2020 ici :


Découvrez les belles histoires d’entreprises engagées à l’international et accompagnées par Banque Populaire.