L’Allemagne reste le marché incontournable

Entretien avec Didier Boulogne, directeur général de Business France pour l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, les Pays-Bas et la Belgique.

Partager cet article sur:

Entretien avec Didier Boulogne, directeur général de Business France pour l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, les Pays-Bas et la Belgique.

« Depuis la crise, l’Allemagne devient le marché refuge de nos entreprises »

L’économie allemande était entrée malade dans la crise sanitaire. Comment en sort-elle ?

Non seulement, elle était en récession, mais on disait son modèle dépassé : assis sur la production et l’exportation des biens de production dans des économies désormais équipées et qui songeaient plutôt à consommer. Malgré ces « handicaps », l’économie allemande semble s’en être sortie mieux que les autres, et d’ailleurs, est repartie assez vite. Dès la fin avril, les concessions automobiles ont réouvert leurs portes, les ménages consomment. Le mort d’ordre des autorités est : allons de l’avant. C’est à la fois une réalité organisationnelle et une volonté partagée. Les Allemands ont confiance dans l’avenir.

Comment expliquer cette bonne surprise ?

Il est vrai que l’export représentait la moitié du PIB allemand. Mais, toutes ces dernières années, la part de la consommation intérieure avait progressé, s’appuyant sur le haut niveau de vie des ménages. Quand la crise a éclaté, Berlin a très vite concocté un plan massif de soutien de 1 200 milliards d’euros qui a rassuré la population, les entreprises et les marchés. Et puis dès le 3 juin, elle a dégainé son plan de relance de 130 milliards d’euros. Ses 57 mesures ciblent la consommation (baisse de trois points du taux de TVA jusqu’à la fin de l’année) et les infrastructures. La récession pourrait finalement plafonner à -6 % en 2020. L’impact de la crise pourrait être effacé en 2021.

Comment ont réagi nos 2000 entreprises sur place ?

En fonction des situations des filières. Comme partout, l’aéronautique est rincée, à l’exception des branches militaires et spatiales. Pour elle, la crise pourrait durer. Les compagnies estiment que les voyages d’affaires retrouveront difficilement leur niveau d’avant crise. Dans le secteur automobile, tout un pan d’activités va disparaître et un autre va monter en puissance ; la filière met les bouchées doubles dans la propulsion électrique ou à l’hydrogène. L’idée de l’automobile individuelle reprend de la couleur : c’est la solution sécurisée pour se déplacer quand sévit un virus. Dans l’agroalimentaire, les industriels ont profité de la hausse de la consommation lors du confinement. Mais ce marché de prix rend difficile la percée des produits français haut de gamme et chers.

Les entreprises françaises s’intéressent-elles à nouveau à l’Allemagne ?

Nous croulons sous les demandes. L’Allemagne, élargie à l’Autriche et à la Suisse, constitue désormais un marché refuge pour nos entreprises, notamment celles qui se sont repliées du grand export. Les Français plébiscitent cette destination proche et amie, où le risque d’une rupture brutale de la chaîne de valeur est très faible. Elles veulent surfer sur la reprise de la consommation, profiter du contexte pour réaliser des acquisitions. De la PME au grand groupe, toutes les entreprises françaises y sont représentées, avec une prépondérance dans l’énergie, l’automobile et la santé. Les plus innovantes ont toutes leur chance. L’Allemagne a enfin pris conscience que nos start-up ont une longueur d’avance technologique dans beaucoup de domaines.

Retrouvez l’ensemble des interviews de l’édition de Pramex 2020 ici :


Découvrez les belles histoires d’entreprises engagées à l’international et accompagnées par Banque Populaire.