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Scality, l’hypercroissance à cheval sur deux continents

Jérôme Lecat, fondateur de Scality.

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j-lecatLa start-up française leader dans le Cloud est présente à San Francisco où se trouve sa direction, ainsi qu’à Paris qui abrite sa R&D et ses équipes commerciales pour l’Europe. Elle est également implantée à Londres et à Tokyo. Son fondateur Jérôme Lecat revendique cette citoyenneté globale.

C’est l’une des rares entreprises de la French Tech à pouvoir s’affirmer en passe d’obtenir le statut de licorne, qui désigne ces jeunes pousses technologiques capables d’atteindre une valorisation d’un milliard de dollars. Scality a un pied en France, un autre en Californie. Et l’aventure américaine était pour elle une évidence. « La France représente seulement 3 % du marché mondial du stockage de données dans les data centers, et tous nos grands partenaires étaient Américains », confie son fondateur Jérôme Lecat.

Ce serial entrepreneur résidait aux États-Unis lorsqu’il a créé sa troisième start-up en 2009 : un éditeur de logiciels permettant de stocker des données dans le Cloud à un moindre coût. L’activité démarre rapidement en réponse à la demande des opérateurs de télécoms. Le siège juridique de l’entreprise est à Paris ainsi que son centre de R&D, ses ressources commerciales et sa direction des ventes et marketing Europe. « Nous voulions nous ancrer dans la French Tech », explique le patron de Scality. Toute l’équipe de direction est, quant à elle, basée à San Francisco. Une organisation bicéphale qui traduit la dimension internationale de la start-up positionnée dès l’origine sur trois continents : l’Europe, l’Amérique et le Japon. « Nous employons aujourd’hui 210 personnes, la moitié est en France, 10 sont à Tokyo, les autres à San Francisco », détaille Jérôme Lecat.

En l’espace de huit ans, la jeune entreprise est devenue leader mondial du logiciel d’infrastructure de stockage de données. Elle réalise la moitié de son chiffre d’affaires aux États-Unis, 35 % en Europe et 15 % au Japon, a créé une filiale en Grande-Bretagne, implanté un bureau en Allemagne, recrute des commerciaux en Espagne, est présente en Australie. Une réussite spectaculaire accompagnée de levées de fonds conséquentes : 92 millions de dollars à ce jour. Mais cette hypercroissance porte en elle le risque de dispersion, comme le reconnaît Jérome Lecat qui estime que l’heure est venue de se concentrer sur les pays où l’entreprise est en position de force. À commencer par les États-Unis.

« Nous avons choisi la côte Ouest parce qu’il y avait la proximité avec nos partenaires (HP a investi 10 millions de dollars dans la société en janvier 2016, ndlr) et le savoir-faire local en matière d’infrastructures, justifie Jérôme Lecat. Mais nous avons également des bureaux à Washington, Boston et New York. S’implanter aux États-Unis est par ailleurs obligatoire à partir du moment où l’on veut séduire des fonds d’investissement américains. Il faut avoir des clients locaux de premier plan, pouvoir raconter une histoire qui se déroule sur le territoire américain avec une réelle ambition. Peu importe l’âge ou la nationalité du fondateur, ce qui compte c’est de montrer que l’on sera capable d’atteindre rapidement un milliard de dollars de chiffre d’affaires. Les investisseurs américains sont prêts à apporter beaucoup d’argent mais en retour, ils placeront la barre beaucoup plus haut qu’en France, en demandant à la start-up de grandir plus et plus vite. »

Deuxième difficulté à surmonter, le « gap culturel » qui sépare le management et la gestion d’une entreprise de part et d’autre de l’Atlantique. « Il y a ici une culture de la téléconférence ouverte en permanence entre client et fournisseur, notamment dans les activités support et SAV », explique Jérôme Lecat. Autre incontournable : le paiement des fournisseurs en temps et en heure, sans délai, ce qui suppose une solide trésorerie. Quant aux relations purement managériales, elles sont également marquées par la culture anglo-saxonne. « En France, les équipes veulent toujours discuter du bien-fondé d’une décision, elles ont un avis sur tout, mais quand elles sont convaincues, elles agissent en respectant le sens que l’on a voulu donner, reconnaît Jérôme Lecat. Aux États-Unis, les équipes font ce qu’elles ont à faire en respectant la forme mais il manque souvent l’esprit. » Attention également à la façon dont on communique avec ses collaborateurs – « ne pas reproduire à l’identique un mémo destiné aux salariés français car la rédaction aux États-Unis est différente. Ici, on commence toujours par ce qui sert de conclusion en France, on va immédiatement à l’essentiel », avertit le patron de Scality – et se méfier de ses a priori quand on recrute. « Aux États-Unis, tout le monde maîtrise parfaitement la communication mais ce n’est pas forcément le reflet des compétences. On trouve tout le monde excellent, et on est parfois déçu. »

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