Pierre Duponchel

Économie sociale et économie circulaire : un besoin réciproque pour se développer

Pierre Duponchel, fondateur du groupe Le Relais, analyse la nécessaire complémentarité entre développement durable et solidarité sociale.

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Pierre Duponchel est un des pionniers de l’économie sociale et solidaire (ESS) et de l’économie circulaire en France. Il y a 33 ans, il a fondé le groupe Le Relais, un réseau d’entreprises pour l’insertion de personnes en situation d’exclusion dont il est assure la présidence. Il analyse aujourd’hui la nécessaire complémentarité entre développement durable et solidarité sociale, et nous livre sa vision de l’ESS en pointant les réformes nécessaires pour dynamiser ce secteur créateur d’emplois.

Quelle est la place du Relais dans l’économie sociale et solidaire (ESS) ?

Depuis sa naissance en 1984, Le Relais a eu pour unique ambition la création d’emplois pour réinsérer des personnes en situation d’exclusion. Aujourd’hui, il collecte environ 110 000 tonnes de vêtements chaque année avec 2 000 salariés en France et 800 en Afrique. Nous réalisons au total plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. En conciliant intérêt collectif et viabilité économique, en intégrant innovation et développement durable, Le Relais fait intrinsèquement partie de l’économie sociale et solidaire (ESS). Nous avons en outre inventé un modèle d’entreprise innovant, l’entreprise à but socio-économique (EBS). Dans ce modèle alternatif et solidaire, l’accomplissement individuel et collectif des salariés est une priorité. La performance économique ne constitue pas une finalité mais un moyen de servir le plus grand nombre. Aujourd’hui, il n’existe aucune forme juridique adaptée à la réalité de l’EBS, que nous voudrions voir reconnue officiellement. Pour s’en rapprocher au maximum, tous les Relais ont adopté le statut de Scop (société coopérative et participative, ndlr).

Quel rôle jouez-vous dans l’économie circulaire ?

Au total, 99,5 % des vêtements que nous collectons sont réemployés ou recyclés. Le recyclage a été rendu nécessaire par la détérioration constante de la qualité des vêtements mis sur le marché, non revendables en friperie. Pour les valoriser autrement, nous avons investi en R&D afin de mettre au point un isolant thermo-acoustique pour le bâtiment. Baptisé Métisse®, il est fabriqué à base de fibres de coton dans une usine du Pas-de-Calais dans laquelle nous avons investi 3,5 millions d’euros.

En quoi économie sociale et solidaire et économie circulaire sont-elles intrinsèquement liées ?

Notre démarche est d’abord de lutter contre l’exclusion en favorisant le retour à l’emploi des personnes en difficulté. La dimension durable de notre activité et son appartenance à l’économie circulaire ne sont que le moyen d’atteindre cet objectif. Toutefois, l’économie sociale a besoin de l’économie circulaire pour se développer, et réciproquement : l’économie circulaire a besoin de mains pour collecter, trier, réparer. Aujourd’hui, la plupart des filières de recyclage, pour les déchets électroniques ou les emballages par exemple, se sont montées grâce aux associations ou aux entreprises de réinsertion, comme les communautés Emmaüs. Mais depuis la mise en place des éco-contributions, ces métiers sont de plus en plus captés par les grands groupes, tout simplement parce qu’ils sont devenus rémunérateurs.

Précisément, vous êtes à l’origine de la création de l’éco-contribution dans le textile. Que faudrait-il faire pour améliorer ce dispositif ?

Dans le textile, l’éco-contribution est très faible et ne concerne que le tri, pas la collecte. L’économie sociale et solidaire compte donc encore pour 70 à 80 % de la filière. La mise en place d’un éco-organisme (EcoTLC) a été actée en 2007 et, depuis, le consommateur verse une éco-contribution d’un demi-centime d’euro par vêtement neuf acheté. Grâce à cela, les entreprises qui trient et valorisent les TLC (textile, linge de maison, chaussures) perçoivent un soutien de 65 euros la tonne de textiles recyclés. Si l’on passait à 100 euros la tonne – soit à peine un centime d’euro d’éco-contribution par vêtement –, nous pourrions créer un millier d’emplois en France. Par ailleurs, les pouvoirs publics devraient donner un avantage comparatif aux produits issus de l’économie circulaire qui coûtent encore plus cher que les produits classiques. Compte tenu de ce qu’ils apportent en termes environnementaux, sociaux et économiques, ils devraient logiquement bénéficier d’une fiscalité avantageuse.

BIO EXPRESS

Pierre Duponchel, ingénieur Arts et Métiers, était bénévole chez Emmaüs quand il a créé Le Relais en 1984. Aujourd’hui, il est à la tête d’une union de Scop (société coopératives et participatives) qui met la performance économique au service de ses objectifs sociaux. Le Relais a pour cela inventé un modèle d’entreprise innovant, alternatif et solidaire : l’entreprise à but socio-économique (EBS), qui place l’économie au service de l’Homme.

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