Bruno Bonnell

Changement de modèle d’entreprise avec la révolution numérique

Pour Bruno Bonnell, de nouveaux modèles voient le jour, avec notamment une nouvelle manière de produire.

Partager cet article sur:

Pour Bruno Bonnell, la révolution numérique fait tendre de plus en plus vers un changement radical de modèle d’entreprise. De nouveaux modèles comme l’entreprise « windsurf » voient le jour, avec notamment une nouvelle manière de produire.

Pionnier de la révolution numérique et maintenant robotique, vous évoquez la fin de l’actuel modèle capitaliste. D’où vient cette intuition ?

Mon principal talent consiste à savoir lire les « signaux faibles » de la société. Nous nous trouvons bel et bien à un tournant. Les grandes entreprises n’avaient encore jamais connu une telle fragilité ; l’actualité socio-économique nous le montre. Or, cette fragilité doit beaucoup à la floraison des petites entreprises et des start-up que la révolution numérique a fait émerger.

« Nous allons vers un nouveau modèle d’entreprise : celui de l’entreprise « windsurf ». »

Au cours des dernières décennies, la PME de type « chalutier » a pris le pas sur la grande entreprise de type « paquebot », avec ses hiérarchies et ses procédures. Le bouleversement se prolonge avec les start-up de la révolution numérique. Nous allons vers un nouveau modèle d’entreprise : celui de l’entreprise « windsurf ».

Qu’entendez-vous par « entreprise windsurf » ?

Les grandes entreprises fonctionnent à l’image d’un moteur à quatre temps. Après la conception du produit vient la levée de fonds pour le financer, puis la fabrication et enfin la vente.

« L’entreprise « windsurf » tient du moteur à deux temps : l’invention et la vente. »

Entre les deux s’insère le principe d’ « effectuation ». Le concepteur soumet son produit, à l’appui du réseau numérique (pour recueillir, analyser les retours et réactions d’une communauté) et de l’imprimante 3D (possibilité d’un prototypage rapide du produit).

Dès lors, le concepteur en mesure facilement l’incidence, favorable ou non, auprès de ses consommateurs potentiels ; et décide ou non de concrétiser le projet. Dans l’hypothèse favorable, des clients intéressés par un produit fabriqué très marginalement ou à fabriquer vont passer commande et déterminer l’avenir de ce produit. C’est dans cette optique que se développe le crowdfunding. Ce bouleversement appelle une autre exigence : le producteur devra réévaluer son produit non plus tous les ans mais tous les trois mois.

Cela implique de nouvelles manières de travailler, d’innover ?

Surtout une nouvelle manière de produire ! Ce modèle d’entreprise qui s’annonce, et qui se vérifie déjà, repose sur une nouvelle façon d’entreprendre que j’appelle « l’entrepreneurisme ». Pour la comprendre, il faut justement revenir aux sources du capitalisme du XIXᵉ siècle. La Révolution industrielle a introduit toute une série d’intermédiaires ou d’intermédiations dans la chaîne de production. Il y avait le concepteur, le fabricant, le vendeur, le distributeur et, en bout de chaîne, le consommateur. Ce nouveau modèle d’entreprise fait disparaître ces intermédiaires, en scellant une relation directe entre le producteur et le consommateur. Le numérique et les imprimantes 3D jouent un rôle déterminant dans ce changement.

Les entreprises de pointe liées au numérique renvoient immanquablement à la Silicon Valley ou à l’Asie. La France et l’Europe ont-elles un avenir dans ce secteur ?

La robotique va rebattre les cartes car il y a tout à faire. En effet, Internet reste dominé par la Silicon Valley, mais songez que la robotique, en termes de marché, c’est Internet puissance 1 000. Il y aura bientôt des dizaines de robots dans chaque foyer. Dans cette perspective, la France et l’Europe ont besoin de se mobiliser fortement et commencent à le faire. Rien qu’en France, on compte 60 laboratoires de recherche en robotique. Le fonds Robolution Capital que j’ai contribué à créer reçoit désormais un dossier par jour, contre un dossier par semaine il y a un an. C’est bien le signe d’une prise de conscience chez de jeunes ingénieurs talentueux. Le pays n’en manque pas et je vois déjà de futurs pôles de concentration de ces talents dans des villes à forte capacité de création technologique comme Lyon, Toulouse, Lille ou Nantes.

Découvrez les belles histoires d’entreprises innovantes (start-up, PME et ETI) soutenues et accompagnées par Banque Populaire.